Apparence
L’évolution de la forêt est en grande partie liée à celle de l’être humain. Au fil du temps, l’homme façonne la forêt suivant ses besoins et en fonction de la vision qu’il a d’elle.
En Europe à partir du siècle des lumières on s’emploie à humaniser la forêt, on la fragmente afin de mieux la maîtriser, on la gère rationnellement.
Aujourd’hui les forêts dites primaires ne recouvrent qu’une faible partie de la surface terrestre. La majorité des forêts sont dites secondaires, c’est-à-dire qu’elles sont soumises à une intervention humaine.
Les différentes visions que l’homme a de la forêt expriment la complexité du rapport de l’homme à la nature. D’un extrême à l’autre, on passe d’une vision anthropocentrique selon laquelle l’homme doit maîtriser l’évolution de la forêt, à une vision naturaliste selon laquelle l’homme doit être exclu de son processus évolutif.
Les forêts dites secondaires sont donc soumises à des politiques de gestions forestières, cependant elles conservent, relativement aux territoires transformés par les activités humaines, une image naturelle.
Cette ambiguïté quant à la naturalité des forêts secondaires est à la source de mon travail photographique.
A quoi est dû le sentiment de nature ressenti dans la forêt? La forêt est-elle un espace où la nature a perdu son autonomie, soumise à une conception humaine, dont la structure, la composition, la superficie découlent d’une politique de gestion forestière? Est-elle une nature artificielle?
Ces questions guident ma démarche photographique. Afin de changer mon regard sur la nature visible de ces forêts, je réalise mes photographies avec des sources de lumières artificielles.
A l’aide de cette lumière je compose des images dans lesquelles je met en évidence l’ordre ou le désordre de la structure de la forêt. La prise de vue est exposée de façon à ne capter que la lumière des flashs, en excluant par conséquent la lumière naturelle. L’effet de la lumière des flashs n’étant pas perceptible en temps réel, cet instant ne prend forme que lorsqu’il a été enregistré par l’appareil photographique. Bien que photographiée de jour, la forêt apparaît dans une ambiance nocturne factice.
Par le biais de la lumière artificielle je représente des espaces de forêts dont la nature ambigüe ne se révèle que sur l’image. |